FENJA ABRAHAM

Sa pratique artistique aujourd’hui

Elle est multi-instrumentiste, avec une prédilection pour l’accordéon chromatique. Elle possède un répertoire de chants et musiques traditionnels de Bulgarie, de Turquie, des Balkans, Roms, Klezmer mais aussi de Haute-Loire.

Ses connaissances sont le fruit de collectages et d’apprentissages spontanés et autonomes au cours de voyages personnels ou dans le cadre de projets financés par l’Union européenne (ERASMUS +), comme par exemple :

Le projet ECOHOMY, (Projet de la Cie Théâtre des Chemins) portant sur le collectage, l’analyse et la valorisation du patrimoine culturel immatériel de Bulgarie (chants, légendes, paroles d’habitants), en lien avec l’Université de Grenoble-Alpes Cermosem.

Elle a été également engagée à l’université Humboldt à Berlin, auprès de l’ethnomusicologue Deniza Popova, pour enseigner sa pratique « Corps et Voix » aux étudiants, en vue de rendre sensible et d’augmenter un travail scientifique, in fine très cérébral, par une approche artistique et corporelle.

Les musiques traditionnelles comme matière à créer.

Fenja Abraham est interprète dans différentes formations de musiques traditionnelles (Bal sous les étoiles, le quartet Tikvitsa), et pour divers projets de théâtre ou danse contemporaine (Théâtre des Chemins, Danse et Cinéma Cie, Cie Gradiva, Cie Artsème). Dans sa pratique des musiques traditionnelles, elle utilise un boucleur son (looper), laisse place à l’improvisation, exprime des voix gutturales aux accents aussi primitifs qu’abstraits et contemporains.

Fenja se décrit elle-même comme une déracinée qui va chercher dans les racines des cultures anciennes, une certaine humanité en laquelle elle puisse se reconnaître.

Sa connaissance des répertoires de musiques traditionnelles lui permet de puiser dans une matière riche et transfrontalière, pour créer une musique vivante, loin de l’idée de folklore, ancrée dans un temps présent au service de l’expression à la fois individuelle et collective de ce qui fait appartenir l’humanité à un « grand-tout », que l’on pourrait appeler « nature », ou « terre », ou « cosmos »…

Une quête de re-connexion à soi-même et à une spiritualité première, peut-être ?

Son approche du travail « corps et voix »

Fenja Abraham possède aujourd’hui une solide formation technique acquise tout au long de la vie, et encore jamais interrompue, grâce à des rencontres décisives avec des artistes tels que :

  • Katarina Seyferth dans le Gers, Abani Biswas en Inde (les 2 dépositaires de la lignée Grotowski, du temps du théâtre des sources)
  • Zygmunt Molik, collaborateur de Jerzy Grotowski en Pologne, acteur, explorateur, formateur enseignant de l’approche développée « corps et voix ».
  • Jorge Parente, désigné successeur de Zygmunt Molik et des outils de Grotowski.
    Pour l’anecdote, Jorge Parente voit en Fenja Abraham une digne représentante de la méthode de Zygmunt Molik.
  • Nasrin Pourhosseini, metteuse en scène, comédienne, chanteuse et chef de chœur iranienne, qui s’est formée à de multiples méthodes de travail de par le monde, en Europe et en-dehors (Japon, Inde, Bali, Chine). Elle transmet une pédagogie créative fondée sur les bases techniques de la voix et un travail approfondi sur le corps. Elle a notamment travaillé avec Peter Brook.
  • Roy Hart Theater (installé dans les Cévennes depuis 1974), autre collectif d’artistes, dont les origines de leur méthode se trouvent chez Alfred Wolfsohn à Londres qui était d’origine juif allemand, ayant centré ses travaux sur le chant, la voix et le corps. Roy Hart était son élève premier. Il a lui-même eu une renommée mondiale et était reconnu de Grotowski, Peter Brook, Arthur Koestler.

Elle y approfondit un travail vocal, physique et mental de préparation de l’acteur pour des performances.

Parcours artistique

Fenja suit des études d’histoire de l’art à Berne (1992-1993) puis les Beaux-Arts à Genève de 1993 à 1998. Véritable touche-à-tout, elle peint, s’initie à la performance, au cinéma, à la poésie sonore et à l’imprimerie (linogravure et typographie).

Elle a toujours eu la volonté de travailler à plusieurs, elle monte alors un collectif d’artistes femmes et développe des installations-performances. Ce qui la passionne c’est le « faire », une approche quasi artisanale de l’art, qui fabrique, plus qu’il ne discourt.

Éléments biographiques

Fenja Abraham est née en Suisse Allemande à Zurich en l’année 1970.

Ses parents nés en Allemagne (de l’Est après 45), ont fui leurs terres après la seconde guerre mondiale, leurs maisons respectives ayant été détruites par les bombardements de la 2ème guerre mondiale. La famille de son père, a été décimée pendant la guerre à Berlin et son grand-père mort dans un camp russe en 1946. La famille de sa mère fuit également l’Allemagne de l’Est et le socialisme et s’installe à Hambourg en 1957. Le père et la mère de Fenja se rencontrent à Hambourg et décident de vivre en Suisse pour y fonder leur famille.

Ce bref historique marqué par l’arrachement, l’exil et la fuite, revêt une importance capitale dans son parcours.

  • C’est un véritable contrepoint avec l’enseignement rigide de cette école d’art contemporain et conceptuel.

Dans ces années-là elle découvre le théâtre pauvre de Jerzy Grotowski, un théâtre dépouillé de tout artifice et qui repose sur le corps de l’acteur et sa relation essentielle au public. Sans jamais cesser de se former au théâtre de Grotowski, elle est en rupture avec la société et décide de partir sur les routes en tracteur et roulotte et vit alors de la représentation d’un spectacle de marionnettes. Pendant 7 années elle vit sur les routes, et se déplace jusque dans l’Aveyron (Plateau du Larzac). C’est une vie d’errance; elle n’a plus de sécurité sociale ; elle vit de la manche. Elle dit être alors en mode de survie.

Aujourd’hui, elle accepte cette part de son histoire, reste capable d’en trouver la richesse humaine et la beauté, mais veut surtout prendre sa véritable place.

Flora Fontvieille
Chargée de diffusion de la Cie Golema