Etty, messagère d'une révolution intérieure

D'après Journaux et Lettres d'Etty Hillesum (1916-1943)

Le sujet de la pièce

C’est une adaptation du journal intime d’Etty Hillesum, jeune femme juive néerlandaise de 27 ans, audacieuse et idéaliste, qui cherche un chemin de lumière dans le contexte de la Shoah et de sa propre déportation à Auschwitz en 1943.

Ses écrits, qui font toujours référence aujourd’hui, mettent à l’épreuve du réel une certaine idée de l’amour, de la dignité humaine et de la joie, au-delà de toute souffrance, de tout affect ou considération empirique. Ils apportent une force de vie, un chemin réel – existentiel et spirituel – et un témoignage essentiel à qui s’intéresse au concept de résilience.

Sans jamais sombrer dans le pathos, ni dans le tragique de l’extermination, Etty Hillesum montre avant tout une volonté à analyser et à comprendre plutôt qu’à souffrir passivement ; une détermination juste et conséquente, jusque dans son choix libre de partager un “destin de masse” et d’être volontaire à la déportation et sa mort inéluctable.

Sa traversée nous offre une compréhension profonde de ce que peut être un chemin de résilience absolue, que l’on pourrait appeler « résurrectionnel ».

L'intention du spectacle

Entourée d’Elisabeth Bauland-Duparc et d’Ingmar Granstedt, spécialiste de Etty Hillesum en France*, Fenja Abraham a fait le choix d’extraits parmi une somme de plus de mille pages de ses Journaux et Lettres.

Cette sélection de textes répond à un questionnement fondamental, qui peut s’énoncer ainsi :

Le contexte mondial dans lequel nous évoluons aujourd’hui – recrudescence de crimes, de guerres, de famines, d’exodes, d’oppression des plus vulnérables, de racisme, du dérèglement climatique, etc… – provoque et motive la question :

Comment peut-on vivre en paix en étant pleinement conscient de l’horreur dont les humains sont capables ?

Quels chemins sont possibles en se situant dans la conscience de ces réalités-là ?

Comment traverser nos souffrances personnelles ?

Comment ne pas répondre à la haine par la haine ? Quelle issue digne peut-on trouver dans cette impasse de la violence ?

C’est quoi l’amour pour moi?

 

*  « Portrait d’Etty Hillesum », Ingmar Granstedt, Desclée de Brouwer, 2001

*  « De cendres et d’amour », Portait d’Etty Hillesum, Ingmar Granstedt, Lethielleux, Groupe DDB, 2011

* « L’inépuisable trésor intérieur – Etty Hillesum », Mémoire et résurrection, Ingmar Granstedt, peuple libre, 2022

La forme artistique

Lecture accompagnée au violoncelle par Thierry Renard

Le choix de la lecture, texte en main, instaure un code de représentation avec l’auditoire : il ne sera jamais question d’incarner Etty Hillesum, mais seulement de donner à entendre et à ressentir émotionnellement son texte, dit à la première personne du singulier pourtant. Le récit ainsi adapté permet de suivre la progression d’Etty Hillesum, à la fois géographique et intérieure, par petites touches, datées et consignées comme des petites vignettes dans un album, d’abord à travers la fenêtre de son habitation, puis en déportation au camp de transit de Westerbork. La dernière étape étant une lettre envoyée le 7 septembre 1943 depuis le train qui l’emmenait au camp d’Auschwitz.

Musicalité et vocalisation du texte

La musique est une composante essentielle des spectacles de Fenja Abraham. Ce spectacle explore particulièrement le dialogue entre la voix humaine et l’instrument, entre la voix parlée et la voix chantée, entre les mots et les notes, comme deux langages qui se répondent et s’amplifient l’un l’autre.

Le violoncelle, la musique

C’est comme si le silence prenait la parole pour traduire tout le mystère qui se cache derrière cette vie bouleversée. Par le choix de caractères musicaux composés ou en improvisations préparées, intimement liés aux textes ainsi qu’à la voix et à la présence de la comédienne, Thierry Renard nourrit une écoute alerte.

C’est une large gamme sonore qui évolue entre lumière et obscurité, créant contrastes et dynamiques au fil des émotions du récit, jouant de certains “bruits concrets” aussi bien que du timbre chaud et lyrique de l’instrument.

Soutenue par la tension entre lecture et musique, l’improvisation se nourrit du caractère singulier des forces scéniques en présence : le violoncelle et la voix. Chacun a sa propre vie, mais ils s’enlacent, se soutiennent, se répondent, s’enrichissent l’un l’autre.

L’image de la fugue a surgi, l’inspiration est venue de l’univers de J.S. Bach, des mélodies sont ajoutées – telles des couches successives qui se parlent.

L’histoire racontée est un dépouillement et la musique trouve son propre chemin à travers un paysage d’émotions.

Étapes de création

Avant sept 2025 : multiples temps de travail à la table avec Elisabeth Bauland-Duparc et Ingmar Granstedt et en résidence avec Thierry Renard

20 septembre 2025 : sortie de résidence dans l’atelier de l’artiste-peintre Winfried Veit à St Julien Molin-Molette (Loire).

Générique

Adaptation texte : Fenja Abraham, Elisabeth Bauland-Duparc, Ingmar Granstedt

Travail sur le jeu : Elisabeth Bauland-Duparc

Voix : Fenja Abraham violoncelle et musiques : Thierry Renard

Administration de production : Flora Fontvieille